Le 31 Octobre, le marché baignera dans le sang

Interview de Christian Cambier, président de Prigest, donnée à Newsmanager.com

Voici un article plein de bon sens et de pragmatisme, que nous ne résistons pas au plaisir de vous faire parager.
Mustapha Benarbia.

Christian Cambier, président de Prigest, envisage de faire entrer une "grande" famille dans son capital d'ici à 2 à 3 ans. Selon lui, le marché touchera son point bas le 31 octobre à cause des hedge funds. Puis, les indices remonteront d'au moins 30 % d'ici à la fin de l'année.

Newsmanagers : comment Prigest résiste-t-il à la crise ?

Christian Cambier : comme tout le monde, en serrant les dents. Nos actifs sous gestion étaient de 800 millions d’euros au début de l’année et ils sont revenus à environ 500 millions d’euros.

L’essentiel de ce recul est dû à la baisse des marchés et, pour une moindre part, de l’ordre de 6 à 7 %, à la décollecte. Etant investi sur l’Asie, dont je reviens, j’ai été frappé de plein fouet par la crise.

NM : précisément, la crise, pensez-vous que le plus dur soit derrière nous ?

- Le principe de la Bourse, que je fréquente depuis une quarantaine d'années, c’est que tout est toujours dans les cours. Et, aujourd’hui, les cours ont intégré le pire et ils ne reflètent plus rien.

Cela fait des années que je dénonce le casino des marchés financiers. Comme dit Warren Buffett, c’est quand la mer se retire que l’on voit qui est nu. Et, durant ces dernières décennies, l’on a beaucoup de polytechniciens qui sont arrivés dans la finance plutôt que dans l’industrie et qui, après avoir construit des matrices mathématiques auxquelles personne ne comprend rien, sont repartis, fortune faite, en laissant derrière eux des modèles inintelligibles que les banques ont ensuite revendus à prix d’or. Je suis satisfait de voir les éléments de ce casino financier en train de tomber en lambeaux.

On va repartir sur des bases saines. Les gens comme moi qui travaillent "long" et qui n’ont jamais shorté une action pour leur client retrouvent leurs marques. Moi, les entreprises, je les accompagne, je ne les shorte pas !

NM : Prigest va-t-elle garder son indépendance ?

- Oui ! Je ne suis ni favorable à une vente, ni à un rapprochement. En revanche, d’ici 2 à 3 ans, j’envisage de faire entrer une "grande" famille, au sens industriel du terme, au capital de ma société.

De toute manière, je ne pense pas que ce soit maintenant, au cœur de la tourmente, qu’il soit avisé de prendre des décisions.

NM : quel sera selon vous le comportement des marchés, d’ici à la fin de l’année ?

La date du 31 octobre va marquer l’épilogue de la baisse.

C’est, en effet à cette date que les hedge funds vont devoir dénouer leurs positions à effet de levier aux Etats-Unis.

Je suis certain que, le 31 octobre, ce sera un bain de sang. Il entrera dans l’histoire.

D’autant que les hedge funds représenteraient plus de 1.000 milliards de positions à dénouer.

Après, je suis positif sur l’événement. Je pense que le point bas du marché touché, à cette date, les indices rebondiront partout à travers la planète de 30 à 40 % au minimum.

Ce mouvement sera planétaire, mais il concernera d’abord l’Asie avec surtout Hong Kong et l’Inde.

La reprise y sera amplifiée et les marchés prendront 50 % quand le reste de la planète gagnera 30 %. L’Europe participera aussi à la fête.

En revanche, les Etats-Unis, d’où la crise est partie, resteront convalescents plus longtemps.

La lecture de ces événements me semble claire : après cette crise, les Etats-Unis ne sont plus le centre financier de la planète. Ce centre a glissé vers les émergents et vers l’Europe. Et c’est une bonne chose.

NM : s’annonce une ère de régulation. Sera-t-elle préjudiciable à la profession ?

Non. Tout va être réglementé et il va falloir être transparent. C’est bien. Les hedge funds vont devoir ouvrir leurs livres de compte. Et les punitions vont tomber.

Aujourd’hui, et c’est peut-être aussi un rôle de bouc émissaire, tout le monde veut la peau des hedge funds, dont les régulateurs qui n’ont rien vu venir et qui se vengeront.

Quelles sont les stratégies gagnantes sur le marché ?

Ma stratégie est, en tout cas, la suivante : je reste en dehors des banques, de la distribution et de la pharmacie.

Je me concentre, en revanche, sur les infrastructures, sur le lourd, l’acier, le ciment, les centrales nucléaires, les transports.

Et j’achète des titres participatifs qui permettent actuellement de réaliser d’excellentes affaires.

Quelles sont vos trois valeurs favorites ?

Mes trois valeurs favorites que l’on achètera aux cours actuels sont EADS avec un objectif à 30 euros, Michelin avec un objectif de 80 et IMS avec une perspective de cours de 25 euros, un juste retour des choses.

Article publié le 29/10/2008.

Page mise à jour le 29 octobre 2008 à 18h56